Grèce

Chapitre 1 : All Greeks are not bastards

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Nous venons de franchir la frontière bulgare et nous nous dirigeons vers Serres. Ce sera notre premier arrêt en Grèce. Le soleil, d’abord timide, laisse éclater tout son potentiel. Les rayons de lumière aveuglent Tristan pendant sa conduite, mais nous sommes heureux de retrouver un peu de chaleur.

Une autoroute entourée par les montagnes. Le soleil pointe le bout de son nez à l'horizon

C’est officiel, nous sommes en Grèce !

Nous parvenons à trouver un petit restaurant en bord de route et décidons de nous arrêter pour y manger. Un véritable délice ! L’occasion d’introduire une donnée, probablement connue par beaucoup d’entre vous, le pain et l’eau se payent en Grèce. On les apporte automatiquement à votre table, sans attendre que vous en commandiez. Si vous n’en désirez pas, il faut les refuser poliment avant qu’ils soient déposés sur la table. En effet, la plupart du temps, une fois qu’ils sont placés en face de vous, ils vous seront facturés de toute manière. L’ambiance est insouciante, il y souffle un vent de vacances et d’oisiveté. Impossible à expliquer, mais la Grèce appelle à la flânerie et au repos. Qu’importe, notre soif de découverte est plus forte que cela.

Un imposant soleil reflète sur l'eau où un bateau vogue paisiblement

L’arrivée en Thessalonique est un régal pour les yeux

Nous poursuivons notre trajet vers Thessalonique, la deuxième ville la plus peuplée du pays. Après plus d’un mois passé en Roumanie, deux semaines en Bulgarie, il est surprenant de voir autant de monde concentré au même endroit. En particulier parce qu’il y a beaucoup de touristes dans les rues, ce qui n’était pas le cas dans les deux précédents pays que j’avais explorés. Thessalonique réunit tout ce qu’on aime dans les grandes villes, de l’animation, des gens, de l’effervescence, des bars branchouilles en face de la mer, des petits restaurants aux mets succulents et raffinés, mais également des arnaques en rue, des déchets sur le sol et une riche culture en graffitis et tags.

Un tag réalisé sur un mur et qui dit : Hood Stories

Les tags sont aussi des témoignages de la vie quotidienne

Selon moi, il convient de distinguer ces deux derniers. De nombreux graffitis ornent les murs et sont tout simplement superbes, très artistiques, et plaisants à regarder. Cependant, il existe aussi une propension énorme aux tags (collages, insultes, signatures, messages haineux, etc.) que l’on retrouve absolument partout ! Qu’il s’agisse de Thessalonique ou d’Athènes, aucune des deux n’échappe à la règle. Plusieurs pistes de solution ont été avancées pour expliquer ce phénomène.

Un tag sur lequel on peut lire: 'bienvenue aux migrants, que les touristes rentrent chez eux'

Les migrants sont les bienvenus dans ce quartier, ce qui n’est pas le cas des touristes

Premièrement, l’environnement urbain et la densité de la population impliquent un phénomène d’usure des bâtiments. Un graffiti peut alors être vu comme une amélioration, pour cacher des murs qui s’effritent ou des coups. Deuxièmement, l’art du graffiti est souvent attribué aux jeunes. Ces derniers se chercheraient une occupation, par manque d’argent de poche et de perspectives d’avenir. En effet, en 2022, un jeune sur trois de moins de 25 ans est sans emploi en Grèce. Ce qui correspond à deux fois la moyenne européenne. La Grèce a été frappée par de nombreuses crises, qu’elles soient économiques, sociales ou politiques. Il existe un véritable besoin d’exprimer ses idées, ses convictions, faire passer un message, lutter à sa manière contre une injustice.

un tag 'All police are bastards' sur un mur en Thessalonique

Le premier tag « ACAB » d’une très longue série en Grèce

Il n’est pas rare de croiser des tags “ACAB”, “All cops are bastards”. Ce tag, popularisé au cours de la grève des mineurs britanniques en 1984-1985, est depuis devenu un acronyme bien connu et très souvent employé pour manifester son opposition aux forces policières d’un pays. Enfin, les graffitis les plus laids sont très souvent des signatures, des noms de gang ou de bandes rivales qui cherchent tout simplement à asseoir leur pouvoir sur le contrôle d’un territoire.

Un autre tag reprenant l'acronyme ACABA

Le voisinage n’apprécie pas la présence policière et le fait savoir

Malgré tout, la ville a un certain charme et il demeure, heureusement, très plaisant de s’y promener et de se perdre sur les hauteurs de celle-ci pour savourer une bière locale bien fraîche. Alors que notre voyage se passe sans encombre, j’émets à Tristan l’idée d’aller explorer les îles grecques alors que celui-ci veut se diriger le long de la côte jusqu’à Athènes. Une dernière balade en bateau, une bière face au coucher du soleil, nous permettent quelque peu de symboliser nos futurs adieux. Je décide rapidement de prendre un bus en direction du port le plus proche pour rejoindre l’île de Lemnos. Pourquoi celle-ci plutôt qu’une autre ? Je ne sais absolument pas l’expliquer, je n’en ai jamais entendu parler et je suis là pour découvrir de chouettes endroits. Lemnos est une île particulièrement plaisante, un beau mix entre nature et farniente.

L'île de Lemnos est entourée de quelques montagnes et d'une eau d'un bleu profond

Un trek permet de prendre de la hauteur et d’avoir une jolie vue de l’île

Mon hôtel est situé près du centre-ville qui se compose principalement de petites ruelles et de magasins. La journée, les rues sont désertes, principalement à cause de la “sieste”. De 15h30 jusqu’à 18h, les magasins, restaurants et enseignes sont tout simplement fermés. L’île devient presque une île fantôme, tant le calme et le silence  y règnent. Cependant, au soir, c’est l’effervescence. Tous les magasins sont ouverts, les bars montent le volume de la musique, les restaurants accueillent de nombreuses personnes sur les terrasses. Néanmoins, ce n’est plus la saison touristique.

Les petites ruelles de Lemnos sont désertes

Les petites rues de Lemnos sont désertes lors de la sieste

Il y a quelques locaux et des grecs du continent qui viennent sur Lemnos, mais très peu d’étrangers ou de voyageurs à cette période de l’année. Certains restaurants sont désespérément vides et la stupeur se lit sur le visage du personnel lorsque je débarque avec un appétit de loup. Les patrons sortent le grand jeu, me font des suggestions, me décrivent les plats avec passion (lorsque leur connaissance de l’anglais est suffisante), et m’offrent même le dessert ! Le farniente, c’est bien, mais ça me lasse vite. C’est pourquoi, ma semaine à Lemnos se révèlera très répétitive. L’île est plus grande que prévu, mais aucune possibilité de recourir au transport public. J’ai bien essayé de louer une voiture, mais le manque de véhicules disponibles m’empêche d’en profiter pleinement. J’ai décidé de passer mon tour pour cette fois et d’opter pour cette option sur une autre île. Après une rapide recherche, il apparaît très clairement que ce n’est pas moi qui vais organiser mon voyage, mais bel et bien les horaires des ferries. Le manque de connexions pendant les périodes non touristiques obligent parfois à attendre une semaine entière avant de pouvoir bénéficier d’une connexion vers une autre île. Lemnos n’échappe pas à la règle et avant de pouvoir me rendre à ma prochaine destination, je dois m’assurer être en mesure de quitter l’île sans devoir retourner de nouveau en arrière. Un véritable casse-tête dont je me serais bien passé, mais qui rajoute un peu de challenge pour la suite de mon voyage. Je finis par opter pour Chios, qui est réputée pour son côté sauvage et très nature. Le ferry part à 2h50 du matin et met cinq heures avant d’arriver à destination. Je dois être présent plusieurs heures avant le départ. Par conséquent, je me mets en route vers 00h en direction du port. Cela représente trente bonnes minutes de marche. Alors que je suis à peine à la moitié du chemin, une voiture plein phares s’arrête près de moi. Un vieil homme ouvre le carreau et s’adresse à moi en grec. Je lui réponds que je ne comprends pas ce qu’il dit, mais lui précise tout de même que je dois aller au port pour prendre un ferry. Il comprend le mot et me fait signe de monter. Je ne me pose pas trop de questions et sens une certaine bienveillance émanant du conducteur. Je dépose mon sac sur la banquette arrière et me met en route avec lui. Alors qu’il commence à conduire, j’utilise Google Translate pour lui expliquer que je suis Belge et que je visite la Grèce. Je lui signale également que mon prochain arrêt est Chios. L’homme bafouille quelques mots en anglais, dont “football Belgium good !” en levant son pouce en l’air. Je souris en lui précisant que le dernier Euro n’était pas notre meilleure compétition tout de même. Une fois devant le port, je récupère mes affaires en le remerciant chaleureusement.

Un ferry arrive dans la nuit

Un ferry en pleine nuit, accompagné par un vent puissant, ça n’inspire jamais confiance

Pas de chance pour moi, le bateau a du retard et me voilà contraint d’attendre près d’une heure alors que les bourrasques de vent s’intensifient. Une tempête est censée s’abattre sur l’île dans les prochains jours. Le bon timing pour quitter Lemnos !

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