Italie

Chapitre 1 : Bien mener sa barque

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Je sors du taxi qui vient de me déposer au port d’Igoumenista. Il est l’heure de me diriger en Italie et de renouer avec mes racines, quelque peu oubliées. Pas de chance pour moi, mon bateau, qui devait partir à 1h du matin, est retardé de deux heures. Pour se faire pardonner, la compagnie nous offre une boisson gratuite et un croissant à la crème. Quelle bonté d’âme…

un vieux bateau rouillé qui va me servir de ferry

C’est à bord de ce vieux ferry tout rouillé que j’embarque

Je prends une bière au bar et sors mon ordinateur pour regarder un épisode de série en patientant. Lorsque vient le moment d’embarquer, je me dirige vers le contrôle de sécurité, entre dans le bateau et me rend à l’étage supérieur où est situé le pont. Là, c’est la surprise. Il ne reste aucune place sur les sièges. La plupart des passagers ont décidé de se coucher sur les fauteuils pour s’endormir. Je me retrouve avec deux options: dormir sur une chaise ou m’allonger à terre. La décision est vite prise, mon sac de couchage est installé sur le sol et je décide de m’y glisser. Cependant, au cours de la nuit, je me retrouverai plus d’une fois contre le mur d’en face. En effet, le bateau tangue sans cesse, si bien que je suis obligé de m’agripper au pied de la table ronde en face de moi pour ne pas rouler encore plus.

L'intérieur du bateau est composé de chaises et tables toutes occupées par d'autres voyageurs

Les fauteuils étant pris, je n’ai pas d’autres alternatives pour dormir !

Vers 10h30-11h, après près de 7 heures de traversée, j’arrive enfin à Brindisi, en Italie. Une fois sorti du bateau, je tombe nez à nez avec les douaniers. Après avoir vérifié mon PLF (passenger locator form), mes preuves de vaccination et ma carte d’identité, l’agent me souhaite la bienvenue en Italie.

Je cherche l’arrêt de bus, me gourre de route et me prend une drache monumentale en plein sur la gueule. Je suis complètement trempé et j’essaye de faire du stop, tout en protégeant le sac dans lequel se trouve mon ordinateur. Je sens l’eau s’accumuler et ruisseler le long de mon torse. Malheureusement, cela ne fonctionne pas du tout. J’arrive à l’arrêt de bus près d’une vingtaine de minutes plus tard. Je suis trempé, dégouline de partout, mais j’ai pu protéger mon ordinateur avec un T-shirt enroulé autour de la housse. Je décide de regarder les horaires et là, je constate avec dépit que les bus ne circulent pas aujourd’hui. Au final, me revoilà condamné à marcher une demie heure supplémentaire pour atteindre la gare. Une fois arrivé, je décide de prendre un billet de train sans véritablement faire attention. Finalement, je me retrouve à débourser 16 euros pour 20 min de train. Je suis dégoûté, la femme au guichet m’a fait payer mon trajet au prix fort en me proposant un train “rapide”. Trop tard, je m’en vais patienter sur le quai en attendant que mon train arrive. Une fois le véhicule devant moi, je m’empare de ma carte d’identité, mon téléphone et commence à marcher en direction du cinquième wagon. Juste avant de présenter mon ticket, je me rends compte que je ne retrouve plus ma carte d’identité que j’avais dans ma main quelques secondes avant. J’essaye d’arrêter le train en prévenant le contrôleur. Celui-ci tente de m’aider, mais je ne peux retarder le départ trop longtemps. Le train part sans moi et je suis dégoûté une fois de plus. Alors que je reviens sur mes pas, je trouve ma carte d’identité par terre sur le quai. Ouf ! Je suis soulagé. Je n’ai plus qu’à attendre le prochain train en direction de Lecce.

Une voie de chemin de avec un ciel qui s'éclaircit après l'orage

L’orage se calme, mais il est trop tard je suis déjà trempé

Une fois à bord, aucune place assise n’est disponible. Qu’importe, je m’agrippe vigoureusement à la barre centrale et observe les gens autour de moi. Une scène anodine s’offre à moi. Deux hommes noirs sont en train de discuter dans un coin du wagon. Un vieil homme s’approche d’eux, le regard vissé sur son téléphone, et se cogne contre l’épaule d’un des deux gaillards. Il finit par en faire tomber ses lunettes à terre et au moment de les ramasser, je l’entend insulter son interlocuteur en italien. Je ne suis pas certain que les deux hommes comprennent ce que dit le plus vieux, mais celui-ci lâcha toute sa haine alors qu’il était clairement en tort. Ce fut la première scène décevante en Italie. Malheureusement pour moi, ce genre de scène se répètera tout au long de mon voyage.

Grâce à elle, j’ai envie d’être meilleur, de me montrer sous mon meilleur jour, de faire des efforts. Seul, je n’y arrive pas.

Le train s’arrête, plus que 10 minutes de marche sous la pluie pour arriver complètement trempé à l’hostel. Une fois sur place, je fais la rencontre de Jack, un américain, dans le couloir de l’auberge. Je lui demande comment il va et nous entamons une discussion plutôt passionnante.

-Ha tu voyages seul. Mais ça ne t’arrive jamais de te sentir seul ? me lance-t-il de but en blanc.
-Oui, mais ça me permet de profiter des moments avec les autres encore plus. Je finis par accepter les moments de solitude et d’introspection, que j’avais dû mal à supporter auparavant. Le calme et le silence ne m’effraient plus autant qu’à l’époque.

Nous terminons notre conversation et je pars explorer la ville. Des heures plus tard, alors que je m’étais mis en quête d’un restaurant pour aller manger, je retombe sur Jack à quelques mètres de l’hostel. Nous décidons de chercher un bar pour prendre une bière.

bâtiment éclairé le soir à Lecce

Les bâtiments historiques sont joliment éclairés la nuit.

La conversation continue de plus belle lorsqu’elle prend subitement un ton beaucoup plus dramatique que prévu. Jack m’explique qu’il se sent sans aucune valeur, sans aucun intérêt. Je commence dès lors à m’interroger et à lui poser quelques questions, ne supportant pas de voir comment il se rabaisse constamment. Il m’explique qu’il n’a jamais entendu quelqu’un lui dire qu’il était nul ou sans valeurs ou encore été victime de reproches, mais il était le seul à penser à ça. Aussi étonnant que cela puisse paraître, Jack m’explique n’avoir jamais eu de relation dans sa vie. Il est fou amoureux d’une fille qui vit en Belgique, mais s’estime être dépendant d’elle.

-Grâce à elle, j’ai envie d’être meilleur, de me montrer sous mon meilleur jour, de faire des efforts. Seul, je n’y arrive pas.

Il me confie ensuite qu’être avec quelqu’un serait son rêve absolu. Je lui explique mon point de vue, que j’estime qu’il est bon d’être heureux seul avant de se mettre en couple, pour ne pas tenir l’autre responsable et garant de son propre bonheur. A plusieurs reprises, Jack s’interrompt pour réfléchir, se gratte nerveusement l’arrière de la tête, baissant les yeux. En route vers le restaurant, Jack me quittera pour aller manger ailleurs et « réfléchir à cette conversation » qu’il reconnaît intéressante.

-J’ai encore du travail à faire sur moi même. Parfois, il est bon d’entendre ce genre d’encouragement de la part de quelqu’un d’autre…

marché de Noël avec quelques échoppes

En après-midi ou en soirée, le Marché de Noël reste désespérément vide

Jack quitte l’auberge dès le lendemain matin pour Matera. Fruit du hasard, il s’agit de ma prochaine destination également. Cependant, je n’ai plus jamais reçu de nouvelles de sa part. Le voyage c’est aussi des rencontres éphémères, des bribes de conversation qui n’aboutissent pas toujours et, surtout, l’occasion de se remettre en question.

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