Pékin

Chapitre 2 : Paranoïa croissante

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Je me lève assez tôt pour explorer les rues de la capitale chinoise. Première constatation, il fait assez froid ! A peine quelques degrés au-dessus du mercure, mais un léger soleil qui m’empêche de geler sur place. Affublé de mon masque, je constate que seules quelques personnes en sont vêtus. Qu’importe, je préfère suivre les recommandations de l’agent de l’immigration et décide de le conserver en permanence. Je m’étonne également du nombre de caméras en rue. A chaque poteau électrique, à de nombreux coins de rues, des caméras statiques qui semblent vous épier au moindre mouvement. Un sentiment étrange m’envahit comme si l’on savait tout sur moi. Il faut dire que le pays cumule plus 20 millions de caméras dites « intelligentes » capables de reconnaître les traits d’un visage ainsi que le nom de son « possesseur ».

Des rues plus calmes qu’à l’habitude selon les gérants de mon hostel

Je ne me laisse guère impressionner, bien qu’impuissant face à ce constat, et je continue ma route dans des rues à moitié-désertes. En effet, nous sommes à quelques jours à peine du nouvel an lunaire, l’une des fêtes les plus importantes de l’année. Beaucoup de Pékinois quittent la capitale pour retourner dans leur famille célébrer l’an neuf. C’est, paradoxalement, la meilleure période pour visiter Pékin, mais également la plus onéreuse. Les prix sont gonflés dans les magasins et dans certaines restaurants. Heureusement, pour moi, je ne cherche pas les mets les plus coûteux, ni les établissements les plus luxueux.

Les lieux incontournables de la ville de Pékin sont, quant à eux, toujours pris d’assaut par les touristes

A chaque fois que j’utilise mes ressources de mandarin, les gens me demandent où j’ai appris. Au début, je leur disais que j’avais été à Taïwan, mais je sentais bien leur regard changer. J’ai finalement pris l’habitude de dire en Belgique. C’était moins crédible, mais mon niveau était tellement élémentaire que ma réponse restait probable. J’ai appris donc, pendant quelques jours, à cacher des éléments de ma vie. Tout simplement pour éviter des regards que je ne pouvais pas totalement déchiffrer. Mon passé de journaliste, mes aventures à Taïwan, mon blog, mon opinion sur la Chine, tant de choses que je préférais garder sous silence.

Les nombreuses caméras avaient tendance à me mettre mal à l’aise

Sur ces trois jours, j’avais bien entendu réserver mon excursion pour aller voir la Grande muraille. Je ne pouvais pas manquer cela ! Après deux heures de route, 155 kilomètres, nous arrivons avec un groupe de sept personnes à Jingshanglin où se situe la partie est du mur. Perdue parmi les montagnes, cachée sous la neige, la Grande muraille s’offre à nous. Nous sommes les seuls visiteurs. J’avais tellement peur d’être déçu, m’imaginant des dizaine de milliers de touristes, mais là, le nouvel an lunaire et le commencement de l’épidémie de Covid ont joué en notre faveur. Que dire ? C’est tout bonnement impressionnant.

On a perdu plusieurs degrés très rapidement

Ces fortifications militaires, construites entre le IIIe et le XVIIe siècle impressionnent. Tout d’abord par leur grandeur, environ 8800 kilomètres, mais aussi par la bonne conservation du mur. Bien entendu, certaines parties ont été détruites, certaines sont abîmées par le passage incessant des touristes et des conditions climatiques, mais d’un point de vue global, la Grande Muraille n’en demeure pas moins resplendissante.

Somptueuse muraille qui s’étend à perte de vue

Aucune présence humaine à l’horizon, un sentiment de liberté m’envahit alors que je continue à gravir les nombreuses marches de cette barricade de pierres. Le section située à Jingshangling fait 10,5km et a été construite en 1570 sous la dynastie Ming. C’est d’ailleurs sous cette même dynastie que la Grande Muraille prend forme pour empêcher les guerriers étrangers d’envahir le territoire, notamment les Mongols. Une rumeur persiste sur Internet à ce sujet et est particulièrement difficile à vérifier. On estime à 10 millions le nombre d’ouvrier qui sont morts au cours de sa construction, ce qui aurait valu à la Grande Muraille son surnom de « plus grand cimetière du monde ». D’autres informations évoquent la possibilité que l’empereur de l’époque ait fait construire la muraille sur les cadavres de ses ennemis. Une manière d’assouvir son pouvoir et sa suprématie. Toujours est-il que cette Grande Muraille a fait l’objet de maintes rumeurs. Désolé de vous décevoir, mais non on ne peut pas l’apercevoir de l’espace…

Un paysage à savourer encore plus lorsque l’on est seul et dans le silence

Après cette excursion, je fais la connaissance de l’un de mes camarades de chambre. Est-ce le fruit du hasard, mais il est aussi journaliste. Ce n’est pas le premier que je rencontre depuis que je voyage et le contact passe généralement assez bien. Je lui conte un peu mes péripéties, notamment en Egypte, et il en profite pour m’expliquer ses soucis avec la presse et le gouvernement de son pays. Un échange qui nous conduira à manger des dumplings dans un restaurant de la ville. A la différence de Taïwan, peu de gens prêtent attention à nous. Pékin étant une ville beaucoup plus internationale, il n’est pas rare de croiser des Européens, quoique beaucoup moins en cette période Covid et du nouvel an lunaire. Seuls quelques bambins à la mine étonnée zieutaient nos moindres faits et gestes. Je pouvais les entendre dire à leur parents : “Oh, ils savent manger avec des baguettes !” Un gosse est venu, alors que mon pote était parti aux toilettes, me demander d’où je venais et si j’aimais bien la Chine. “Oui, mais je préfère Taïwan”, aurais-je souhaité lui dire, mais je me suis abstenu.

Je conclus ce dernier jour à Pékin avec un sentiment de trop peu, mais en même temps dans une ambiance générale très bizarre au cours de cette période trouble. Peu de touristes, sauf à quelques endroits stratégiques comme le palais impérial et aux alentours de la Citée interdite, mais dans l’ensemble un calme reposant. Demain, c’est le grand départ vers Taïwan ! Un départ qui sera bien plus chamboulé que je ne l’imaginais.

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