Grèce

Chapitre 3 : Faux semblants

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C’est reparti pour un voyage en ferry ! Cette fois-ci, il me faudra 9 heures pour atteindre Mykonos. Heureusement, c’est en pleine journée et j’ai de quoi m’occuper. Les ferrys sont toujours régis par les règles liées à la Covid-19. C’est-à-dire conserver son masque pendant toute la traversée, laisser un siège d’espace entre chaque voyageur et un nombre limité de personnes peut accéder aux restaurants ainsi qu’aux toilettes. Il est à peu près 19 heures lorsque je pose enfin le pied sur la terre ferme. Mon équilibre est un peu chamboulé après autant de temps sur la mer, mais il faut dire que mes sacs commencent à devenir lourds, et la fatigue s’installe de plus en plus après près de 3 mois de voyage. Je débarque au vieux port, qui est situé à 30 minutes à pied du centre ville. Je constate avec amertume que les bus ne roulent pas. J’apprendrai par la suite que durant la période non touristique, seuls les bus scolaires sont en opération. Par conséquent, je me décide à marcher jusque mon logement. Une épreuve en soi puisqu’il y a peu, voire pas, de lumière le long de la route. Éclairé par mon téléphone, je marche le long du bord, peu sécurisé, pour atteindre l’hostel en question. J’arrive, en sueur, devant un bien étrange établissement. Je sonne à plusieurs reprises, mais l’intérieur me paraît vide. Après quelques coups de téléphone, un homme vient m’ouvrir et me remet les clés. C’est assez étrange, la réception est une pièce unique qui n’est pas connectée au reste de l’hostel. C’est bien simple, il y a trois dortoirs et ceux-ci sont indépendants également. Cependant, l’intérieur est assez chaotique. Le dortoir comprend 9 personnes dont un lit double, deux éviers dans le dortoir, deux toilettes et deux douches. Autant dire que l’espace est des plus exigus. Comble du comble, dès qu’on s’approche de l’évier, une lumière automatique s’allume et éclaire la moitié du dortoir. Je dépose mes affaires et file près du nouveau port, où retentit la musique.

Une piscine à débordement éclairée par le coucher du soleil

La vue depuis le rooftop est plutôt agréable

Premier constat, à part cette partie de l’île, tout le reste est plutôt calme. Ayant très faim, je m’y dirige et réalise, non sans surprise, que les prix sont d’un autre niveau. Aucun plat principal ne se trouve en dessous de 23 euros et ceux-ci peuvent monter jusqu’à 46 euros pour un steak. Je me résous à prendre une entrée, mais on m’amène le traditionnel pain et l’eau. Sauf qu’à Mykonos, le pain se chiffre à trois euros et la bouteille d’eau à 7. C’est décidé, les autres jours je cuisinerai à l’hostel !

une enseigne propose différents services de luxe

Location d’hélicoptères ou de jets privés, décidément je ne suis pas le public cible de l’île

J’apprendrai dès le lendemain qu’il n’y a pas de coin cuisine – sauf une bouilloire -, mais que nous avons un « rooftop » avec piscine. Les priorités sont quelque peu inversées. Je finirai par rentrer assez tôt, le voyage en bateau m’ayant claqué.

Les ruelles de Mykonos aux couleurs blanches et bleues

Les ruelles de Mykonos sont splendides, mais désertes

Le lendemain, je débute mon exploration du centre de Mykonos. Les petites ruelles et les allées sont assez belles, en particulier avec ce mélange de blanc et de bleu, mais un détail me choque particulièrement. Ce côté authentique, mignon, traditionnel est révélateur d’un certain contraste lorsque l’on prête attention aux alentours. Les boutiques de luxe pullulent dans chacune des rues ! Dior, Gucci, Channel et j’en passe ! Concrètement, Mykonos est parfait pour attirer les gens pour le shopping et la fête, mais je ne suis pas du tout le public cible. En particulier lorsque je croise des agences de voyage qui proposent des locations de jet privé et d’hélicoptère !

une boutique de luxe parmi tant d'autres

Des boutiques de luxe, il y en a à tous les coins de rue

Au plus je me balade, au plus je ressens un côté artificiel à Mykonos. Des moulins sont placés le long d’une colline, mais sont bien entendu hors d’usage, mais par contre, ils constituent un chouette prétexte pour une photo. Nous sommes – je le constaterai à plusieurs reprises – sur l’île du paraître, des excès et de la grandeur. J’ai aperçu trois filles se balader dans les rues – complètement désertes il faut bien l’avouer à cette période de l’année – avec des valises pour se changer et effectuer des “photoshoots”. On est clairement pas dans le même “mood”. Le point positif, c’est qu’en journée le soleil est encore bien présent et la vue depuis le roof top de l’hostel est plutôt agréable. La piscine bien qu’avenante est beaucoup trop froide pour y plonger et les pigeons viennent s’y laver et s’abreuver constamment. L’ambiance au sein de l’hostel est plutôt sympa puisque le manque d’intimité dans les chambres nous oblige à tous nous retrouver sur ce fameux rooftop. Si certains sont plus branchés soirées, d’autres sont plus calmes, ce qui permet de bien équilibrer et de créer des petits groupes.

trois moulins alignés les uns avec les autres

De jolis moulins artificiels qui ne servent que de prétexte photo pour les touristes

Un soir, alors que je jouais aux cartes avec un pote de l’hostel, Céline débarque. Son anglais très mauvais m’alerte directement sur le fait qu’elle soit française.

-Haaaa trop bien ! Tu es français, ouf !
-Non, je suis Belge, mais bon on devrait quand même se comprendre
-Ouais, ça devrait faire l’affaire, me lance-t-elle
Elle décide de prendre place en face de moi et commence à me parler d’elle et de son voyage. Elle est partie travailler dans les vignes en Italie avant de venir ici.
-C’était horrible ! Je parle un bon italien, mais il n’y avait personne pour parler français. C’est l’angoisse ! En plus j’aime bien parler tu vois, c’est toujours intéressant d’avoir quelqu’un pour discuter
-Tu sais expliquer en anglais ? Lui lançais-je en pointant mon pote du doigt, c’est pas cool pour lui
-Ouais, mais là j’ai besoin de parler français. Explique lui, je pense qu’il peut comprendre non ?

De prime abord, Céline m’apparaît très centrée sur elle-même. Son attitude commence déjà à me saouler. Elle dégaine alors de son sac une bouteille de vin rouge.

Just to goûter ! Oh ça va, i am french hein !

-Il y a des verres ici ?
-Tu rêves, lui répondis-je du tac au tac, il n’y a même pas de cuisine à la base. A part la bouilloire dans le coin, il n’y a rien du tout dans cet hostel
-Bon, tant pis ! Sourit-elle en haussant les épaules et en buvant une bonne rasade
Céline me tend ensuite la bouteille. Je reste quelque peu sur mes gardes.
-Je suis vaccinée hein ! Sinon je n’aurais pas pu venir en Grèce, précise-t-elle d’emblée.

Je ne sais que répondre alors j’agrippe sa bouteille et commence à boire dedans. Soudainement, plusieurs personnes de l’hostel débarquent en proposant d’aller manger dans un petit restaurant perdu dans les allées de Mykonos. Nous acceptons tous et nous nous dirigeons vers ledit établissement. Une fois attablé, le comportement de Céline commence à agacer plusieurs d’entre nous. Elle se sert dans les plats des gens sans leur demander, boit dans leur verre de vin “just to goûter”. Et quand elle fait face à quelqu’un qui la regarde avec étonnement, elle répond tout bêtement “Oh ça va, i am french hein”. J’ignore si elle est juste bourrée ou complètement teubée, mais son comportement devient insupportable. Je constate qu’elle devient de plus en plus tactile avec moi. Sa jambe effleure la mienne à plusieurs reprises, elle pose son bras sur mon épaule, rigole à toutes mes blagues et me regarde avec un sourire béat. Au retour du restaurant, Céline m’agrippe par le bras et elle me dit:

-Faut que je te dise quelque chose à toi ! Parce que je te fais confiance
-Ha bon ? M’étonnais-je après lui avoir dit que c’était malpoli de prendre mon plat et de proposer aux autres de goûter sans même me demander la permission.
-Le vaccin, c’est quand même des conneries hein…
-Hein ?
-Ouais, j’avais pas envie de me faire injecter n’importe quoi. Alors, j’ai payé un faux pass sanitaire pour venir ici. Ils n’y ont vu que du feu !

Mon corps se crispe à l’annonce de sa nouvelle. Je ne suis pas en rage qu’elle soit antivax, mais plutôt qu’elle m’ait menti en me proposant de boire dans sa bouteille et en se servant dans les plats de chacun.

-Je sens que toi et moi on va bien s’entendre ! Me lance-t-elle en titubant.

Je crois que je n’ai jamais eu aussi peu envie de ma vie. Céline est à deux doigts de s’offrir à moi – c’est le cas de le dire -, mais ce soir ma libido est à zéro et son attitude me dégoûte tout simplement. Je lâche son bras d’un coup sec et prétexte une excuse pour repartir vers le groupe. La soirée se finit sur le rooftop, mais je décide de ne pas m’éterniser. J’ai quelques piges à écrire demain et j’aimerais être en forme. Je m’éloigne et salue tout le monde d’un geste de la main. “Adieu alors”, me lance Céline, frustrée. “Oui, c’est ça ! Adieu”.

ferry qui attend le départ

Je m’éloigne peu à peu de l’île en direction d’une nouvelle destination

Mon voyage à Mykonos touche peu à peu à sa fin, je décide de profiter encore quelques jours des îles grecques. Je me rends sur Sifnos et Tinos avant de rejoindre Athènes. Tristan m’a dit qu’il y passerait quelques jours. L’occasion de le revoir et de faire le point sur la suite de mon voyage.

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