Egypte

Chapitre 4 : Un immense terrain de jeu

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Après quelques heures de bus, j’arrive enfin au Caire avec excitation et appréhension. Je sais que c’est une gigantesque métropole, la plus grande ville du monde arabe avec 18 millions d’habitants (incluant ceux qui se trouvent dans sa périphérie), soit presque 7 millions de plus que la population belge ! La ville est constamment animée et ne dort véritablement jamais. Les coups de klaxons ainsi que les appels à la prière rythment les heures de la journée . J’essaie de me faufiler tant bien que mal parmi les voitures qui foncent à toute allure sur les grands axes routiers. Les passages pour piétons sont inexistants et les automobilistes n’ont que faire de laisser la place aux usagers faibles. Il y a un petit sentiment d’Asie, mais en moins coordonné, un peu plus aléatoire. Je crois que je n’en maîtrise tout simplement pas encore les codes.

De jolis petits coins paisibles existent au Caire, il faut bien les chercher

Après une vingtaine de minutes de marche avec mes sacs, j’arrive enfin à l’adresse de mon Airbnb. Je le voulais en plein centre et je m’aperçois avec étonnement qu’il se situe en face du musée égyptien. Une chance ! Le propriétaire, Walid, est un jeune avocat d’une trentaine d’années. Il m’indique ma chambre, plutôt spacieuse, mais avec peu de choses dedans. Tout de même, j’ai accès à un balcon avec une sympathique vue sur la capitale.

Une vue imprenable en face du musée égyptien

Les fenêtres, par contre, sont aussi épaisses qu’une paire de chaussettes de mi-saison, comprenez qu’on y entend tout et qu’au Caire, on klaxonne jour et nuit pour n’importe quelle raison. Walid me demande ce que je viens faire en Egypte. Je lui explique que voir les pyramides, c’est un rêve de gosse. J’ai déjà été en Egypte, mais j’avais surtout fait le centre et le sud, jamais le nord du pays. Mon hôte n’est pas très amical, je suis un peu déçu. J’aurais espéré une plus grande conversation avec lui, peut-être même qu’il me fasse découvrir des endroits insolites. Cependant, il n’en sera rien. Tout ce qui l’intéresse, c’est de me dire qu’il gagne pas mal d’argent en tant qu’avocat et qu’il a voyagé en Afrique et Asie. Il me prévient qu’un autre locataire devrait arriver d’ici quelques jours, un Argentin. Lui-même, ne sera que rarement présent, seuls deux autres colocataires seront là, mais la plupart du temps s’enfermaient dans leurs chambres. “Sympathiques comme des portes de prison” pensais-je déçu. 

Qu’importe, je suis là pour explorer et je ne sais pas par quoi commencer tellement le Caire est immense. Puis l’évidence vient frapper à ma porte, direction le musée du Caire qui est juste en face de l’appartement. En plein déménagement, de nombreuses œuvres étaient sur le point d’être transportées afin de connaître une nouvelle jeunesse dans un musée flambant neuf situé sur le plateau de Gizeh, à deux kilomètres à peine du site des pyramides. Ce dernier est annoncé pour l’automne 2020, mais sera finalement reporté à 2021 (dû à la Covid-19 que j’aborderai dans quelques chapitres). Mal agencé, mal éclairé, ce musée comporte tout de même des pièces sensationnelles. Je suis comme un gosse et m’y perdrai pendant trois heures.

Des milliers d’œuvres toutes plus magnifiques les unes que les autres

Le lendemain, après une nuit des plus infâmes, je décide d’aller acheter des bouchons d’oreille dans une pharmacie afin de pouvoir fermer l’œil un minimum pendant la nuit. Alors que j’allais quitter l’Airbnb, un homme frappe à la porte. Il s’exprime en dialecte arabe et je ne comprends pas un traître mot de ce qu’il dit. Néanmoins, je parviens à percevoir le nom de Walid. J’essaie tant bien que mal de lui expliquer que ce dernier bosse et qu’il n’est pas là, mais mon interlocuteur n’a pas l’air convaincu par ce que je lui raconte et décide d’abandonner sa requête. Après cette brève interruption, je décidé de visiter la partie islamique du Caire.

Des bâtiments somptueux avec très peu de touristes comme ici la Citadelle de Saladin

Au menu, des quartiers typiques, animés, quelques belles mosquées et des marchés remplis de vie. C’est là que je découvrirai l’intérêt des protèges-chaussures en plastique, pratique pour ne pas devoir retirer constamment ses chaussures à l’intérieur de chaque mosquée. La team fainéantise remporte cette première victoire. Le jour d’après, c’est la partie copte du Caire sur laquelle je me focaliserai. Premier constat, le quartier est hautement surveillé par un check-point militaire. Il faut passer un portique de sécurité, ouvrir son sac et se laisser fouiller par des soldats. Tout le quartier est barricadé et surveillé par des caméras.

Sécurtié

Au loin, des barrières, un portique de sécurité et plusieurs militaires gardent l’entrée du quartier copte

Il faut dire que la minorité copte a été, par le passé, plusieurs fois ciblée par des attaques terroristes.  Par conséquent, les différents quartiers sont surveillés de jour comme de nuit. Il y règne d’ailleurs une atmosphère étrange, seuls quelques cafés et magasins ont subsisté dans cet espace presque fantomatique où seuls quelques touristes s’aventurent. Pourtant des gens y vivent, mais on ne les voit quasiment pas. Il est plaisant de s’y perdre, mais le sentiment est tout de même étrange car les militaires y paradent trop souvent pour que l’on puisse véritablement se plonger dans l’ambiance.

On s’y rapproche !

Quelques jours après, il est grand temps pour moi de me rendre aux pyramides.  Enfin ! Je veux tirer le meilleur de cette expérience et je choisis une excursion privée pour voir différents sites et musées. Accompagné d’un guide francophone afin de profiter au maximum de l’expérience, je me dis que je serai à l’abri des rabatteurs sur le site de Gizeh. Finalement, ce ne sera qu’une déception de plus, le guide ne connaît pas grand chose et me lance des banalités. “C’est une grande pyramide, les quatre faces sont les mêmes”, me rappelle-t-il. “Les pharaons étaient momifiés, c’est le secret égyptien.” Au final, j’en connaissais bien plus que mon guide qui ne me servait que de passe-droit sur le site de Saqqarah ou du plateau du Caire.

Un rêve de gosse qui se réalise

La bonne nouvelle, c’était qu’accompagné de ce dernier, je ne me faisais pas harcelé par tous les vendeurs et pseudos-guides qui traînaient autour des complexes, avides de pigeons à plumer. Lorsque mon accompagnateur a voulu me proposer les “tours en chameau” et “photo en marchant comme un égyptien”, j’ai directement refusé. Cependant, je n’ai pas échappé à mon lot de photos ridicules avec les gardiens des tombeaux. Ces derniers vous accompagnent et vous montrent des endroits “cachés”, vous font monter sur des pierres ou encore prennent des clichés gênants de vous dans des sarcophages.

Oh ouais, super naturel la pause dans ce tombeau. Merci monsieur le gardien !

« Ouvre la bouche et fais semblant d’être mort« , me lance le gardien. Heureusement que le ridicule ne tue pas…

J’avais tellement honte, mais je n’avais pas envie de me montrer grossier face à eux. Bien évidemment, un « Bakchich » est de rigueur. Et j’en ai vu des complexes cette journée-là… Et encore, le pire était à venir, les arrêts “forcés” dans les magasins de parfums ou les ateliers de création de papyrus.

Des parfums, des huiles essentielles, des phéromones, ils ont essayé de me vendre tout et n’importe quoi !

La plupart du temps, une présentation à rallonge nous assomme avant que l’on ne tente de nous vendre des imitations de Channel, Paco Rabanne, des huiles essentielles « pour rendre les femmes folles » ou des images de dieux Égyptiens dans des couleurs criardes. Et le problème, c’est que ce type de visites est comprise dans presque toutes les excursions… Une véritable plaie car tous ces magasins se ressemblent et l’on vous fait payer des huiles, parfums et autres objets inutiles à des prix sots. Le guide, bien entendu, touchera une commission et se veut insistant. “Honnêtement mon ami, c’est une affaire ! Quel beau cadeau pour vos proches.” Faites-moi rire ! Comble du comble, la plupart des produits vendus sur les souks égyptiens ou dans les boutiques dans lesquelles vous amènent le guide sont souvent des produits….made in China !

Lorsque l’on s’éloigne un peu du centre, les quartiers populaires rappellent la misère dans laquelle bon nombre d’habitants vivent

Un autre sujet qui m’a marqué, c’est le traitement des animaux. Lors de mon précédent voyage en Egypte en 2009, j’avais déjà constaté que certaines bêtes étaient faméliques, très mal en point. Les choses n’ont malheureusement pas changé. Entre les chameaux qui sont frappés pour conduire les touristes pendant quelques mètres, fouettés de nouveau pour les faire descendre. Ce n’est pas tout puisqu’ils doivent récupérer d’autres touristes et recommencer le même trajet, rythmé par des coups de bâton supplémentaires pour qu’ils se lèvent encore et encore. Ce spectacle m’est difficile à supporter. C’est du non-stop pour ces animaux-là. Les chevaux ne sont pas en reste non plus puisque des tours en calèche sont aussi organisés, avec très peu de considération pour les bêtes. Loin de moi l’envie de faire des généralités, mais du peu que j’en ai vu, les animaux qui transportent les touristes ne sont pas très bien lotis et sont utilisés pour remplir un objectif. Ils sont un moyen et leur bien-être est loin d’être une finalité.

La gestion des déchets est similaire à celle de l’Asie : on crame tout et partout

Les jours passent et j’en prends plein la vue, en bien comme en mal. Walid est toujours aussi peu présent, mais Carlos, le voyageur Argentin vient d’arriver. Nous discutons quelque peu ensemble et le courant passe bien. Alors que nous étions en train de manger dans le salon, je reçois un message via Facebook d’un des mecs que j’avais rencontré lors de l’excursion d’Hurghada. Il veut qu’on s’organise quelque chose demain. Je préviens Carlos et lui suggère de m’accompagner, mais ce dernier est réticent. Qu’importe, j’irai demain à leur rencontre, excité à l’idée de me mêler un peu plus à la population locale.

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