Mexique

Chapitre 5 : Tous des pourris !

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Jusqu’à présent, le Mexique m’a véritablement surpris de bout en bout. Des gens accueillants, des paysages magnifiques, une histoire et une culture riche, que demander de plus ? Bien entendu, parfois il arrive de faire des rencontres complètement lunaires. Dans l’hostel où j’avais invité mes nouveaux potes, j’ai fait la connaissance de Steven. Ce français proche de la quarantaine est un véritable personnage. Très rapidement, il parvient à centrer la conversation sur sa personne et me dit qu’il est là depuis cinq mois.

une image d'un enfant noir avec le visage peint en blanc. Un corbeau est posé sur sa tête

Le street art est omniprésent à Oaxaca.

-A Oaxaca ? Demandais-je intrigué, tu dois vraiment bien aimer.

-Ha, mais je connais tout ici, M’explique-t-il en se roulant une cigarette avec ses ongles rongés jusqu’à la peau, j’ai une bonne relation avec les commerçants.

-C’est cool ça. Qu’est ce qui te fait rester ?

-On est tellement mieux ici qu’en France. J’ai quitté le pays car je n’en pouvais plus. Quand on voit tout le bordel qu’il y a maintenant, je ne regrette pas mon choix.

-Tu as quitté la France récemment ?

-Non, ça fait quinze ans que je l’ai quittée.

-T’as eu l’occasion d’y revenir de temps en temps ?

-Pourquoi faire ? Me lance-t-il, j’ai plus personne là-bas. Seule ma mère, mais elle a jamais aimé son fils alors.

-Oh, okay désolé de l’apprendre.

du street art sous la forme d'un autocollant. Un homme portant une sorte de pyjama avec un masque de reptile sur le visage

A chaque coin de rue, il y a une nouvelle œuvre à admirer !

Il me fait signe que ce n’est pas grave, mais en même temps semble de plus en plus excédé. Il n’en faudra pas plus pour que Steven me parle des étrangers, du fait que la France a « trop changé » et qu’il ne se « sent plus chez lui« . Alors qu’il n’a plus été en France depuis quinze ans et qu’il squatte maintenant le Mexique avec son visa qui n’est plus en ordre. Je souris intérieurement, tout en écoutant sagement son discours. Il m’explique alors qu’il est dégouté que les puissants contrôlent le monde dès à présent.

-Tu parles de qui exactement ? Lui demandais-je en reprenant une gorgée de Modelo, une bière mexicaine.

-Bha c’est évident: les patrons, les médias, le gouvernement !

-Pas de chance pour toi, tu es en face d’un journaliste.

Steven se fige avant de se reculer contre le dossier de sa chaise. Il m’observe, me toise, comme s’il essayait de sonder mon âme et déterminer si j’étais digne de sa compagnie.

-J’imagine que ça dépend des gens, mais en règle générale, ils sont tous pourris !

-Tu ne penses pas que tu simplifies tout ? Probablement que tu as eu une mauvaise expérience plus jeune et que tu as tendance à la généraliser pour te protéger.

-On m’a déjà fait la réflexion, mais je ne pense pas que cela soit ça.

-C’est-à-dire ?

-J’en ai toujours voulu à ma mère pour avoir quitté mon père.

-Et quoi ? Elle est partie avec son patron ? M’esclaffais-je.

-…Oui

-Ha merde, désolé, mais tu ne penses pas que ta haine des patrons vient de là ?

-Possible, mais j’en doute fort ! Rétorqua-t-il.

oeuvre d'art représentant un scorpion avec des pattes bleues et le reste du corps de couleur or

De nombreux musées d’art moderne sont accessibles gratuitement.

Je ne peux m’empêcher de voir des liens se tisser entre son passé traumatique et son regard sur le monde Ce n’est encore qu’un enfant apeuré qui ne comprend pas l’injustice du monde, et qui préfère croire que tout le ce qui lui arrive a été prémédité, plutôt que d’oser regarder la complexité des relations humaines.

-C’est pour ça que j’ai décidé d’être mon propre patron ! Poursuit-il en souriant fièrement.

-Ha, tu as un business en ligne ?

-Ouais, un bon business qui rapporte ! Mais je ne peux pas t’en parler, c’est confidentiel…

-Okay, pas de souci.

-J’envoie de la coke en France ! Sourit-il en faisant des ronds de fumée avec sa bouche.

-Et comment tu t’y prends ? Demandais-je curieux.

-Facile, c’est le gars à qui je l’achète qui me l’a montré ! T’as juste besoin de cartes postales.

-Hein ?

-Tu prends le pochon de coke, tu le mets dans un film plastique et tu l’aplatis super fort avec un rouleau de pâtisserie. Tu prends une carte postale, tu colles ensuite le pochon à l’arrière. Ensuite, tu prends une autre carte postale et tu colles le devant sur l’arrière de la première.

-Astucieux ! Répondis-je, mais il n’y a pas de contrôles ?

-Il faut juste s’assurer que la carte postale ne pèse pas trop lourd. Sinon, ça peut éveiller les soupçons.

-Et ça fait combien de temps que tu fais ça ?

-Oh, je viens seulement de commencer…

-Tu faisais quoi avant ?

-Ma mère m’a envoyé de l’argent, mais elle pense m’avoir avec ça.

-Tu l’as accepté quand même ?

-Bha oui, sinon j’ai pas de thunes.

Un beau bâtiment faites de pierres et de briques

L’opéra de Oaxaca attire les regards surtout lorsqu’il est vu de loin.

Décidément, Steven était un sacré personnage, mais très vite fatiguant. Je quitterai Oaxaca le lendemain en direction de San Cristobal. Douze heures de bus m’attendent, mais je suis mentalement prêt. Que peut-il m’arriver de toute façon ?

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