Le road-trip est conséquent, ambitieux, mais nous permet véritablement d’en prendre plein les yeux à chaque détour. Le paysage est somptueux et nous donne l’impression de n’être que peu de choses lorsque je conduis entouré d’énormes montagnes ou de formations rocheuses.
Nous sommes dans une véritable démesure assumée et qui se répercute dans de nombreux aspects de la vie courante: la quantité de nourriture dans nos assiettes, les échangeurs surdimensionnés des autoroutes, les buildings qui flirtent avec les nuages, et bien entendu des conditions climatiques extrêmes.
Notre arrivée à la Vallée de la Mort affole le thermomètre. Il fait près de 46 degrés ! Quelques jours après notre visite, un nouveau record de chaleur sera atteint: 54,4 degrés à l’ombre ! Autant dire que notre corps dégouline de toute part et que la moindre sortie dehors représente un challenge. Moi qui adore la chaleur et qui ai développé une certaine résistance grâce à mon année passée en Australie, je sens qu’une exposition prolongée, comme une longue randonnée, serait fatale pour mon corps si je ne m’étais pas recouvert de crème solaire, d’une casquette et armé de ma gourde d’eau bien fraîche.
Lorsque je parlais de démesure, les comportements des américains ne sont pas en reste également. Alors que je conduisais sur l’autoroute en direction de Las Vegas, j’ai été surpris à quel point jeter ses détritus par la fenêtre de sa voiture est monnaie courante pour de nombreux automobilistes; canettes, sac en papier de McDonald’s, gobelet en plastique de chez Starbucks, bouteille en verre, mouchoirs, cartons de pizza,… On croirait rêver, pourtant c’est bel et bien la triste réalité. Cela explique également pourquoi lorsque l’on se rapproche des villes les déchets s’amassent de plus en plus. Une triste constatation, déjà observée à New York. Est-ce qu’être dans la ville des jeux de hasard leur fait perdre la tête ? J’avais réservé un Airbnb pour que ma filleule et moi puissions nous abriter de la forte chaleur (46 degrés !). Nous suivons les indications, sortons quelques affaires et attendons devant la porte de notre logement. Je me connecte au wifi et tente d’appeler le propriétaire afin qu’il me donne le code pour entrer.
-Allo ?
-Bonjour ! C’est Sébastien, j’ai réservé votre logement pour une nuit, mais je n’ai pas reçu de code pour entrer.
-Ha Sébastien, il y a un petit souci…
-C’est-à-dire ?
-Vous avez effectué votre réservation il y a à peine une heure. Par conséquent, j’ai accepté rapidement sans vérifier l’état du logement. Mon agent d’entretien est allé voir le Airbnb et il a visiblement été laissé dans un état déplorable. Des objets ont été cassés, cela sent fort la marijuana, des préservatifs usagés ont été laissés sur le sol, de la nourriture a été lancée sur les murs; bref ! Le logement, à l’heure actuelle, ne peut être loué. Je m’excuse, je vais prévenir de ce pas Airbnb pour que vous puissiez vous faire rembourser.
J’ai de la peine à croire qu’un logement puisse être vandalisé à ce point là, mais nous sommes bel et bien aux Etats-Unis, et je ne devrais même plus être surpris à ce stade du road-trip. Nous nous rabattrons finalement sur un logement un peu obscur, à une bonne heure en bus du fameux “Strip” de Vegas. Lors de notre visite, ma filleule et moi ne pouvons nous empêcher de repérer le ballet incessant de nombreux hélicoptères. “Il se passe d’office quelque chose de dingue”, pensais-je. Bien évidemment, dès le lendemain j’apprendrai par la presse qu’il s’agissait d’une prise d’otages. Un homme a balancé des meubles par la fenêtre de sa chambre d’hôtel au Caesar Palace et en a profité pour prendre sa femme en otage. Encore une belle journée aux States !
La fin de notre road-trip sera un petit casse-tête pour éviter les feux de forêts qui ravagent la Californie. Le ciel s’est assombri, mais pas autant que lors de mon road-trip avec mes parents au Canada.
Cette fois-là, la qualité de l’air avait atteint 385 ! Respirer cet air sans protection peut mener à des conséquences irréversibles pour l’organisme ! Je ne peux m’empêcher de surveiller la progression du feu, en particulier lorsque je vois les ravages et la vitesse à laquelle les feux se propagent. En date du 29 août 2023, plus de 15,2 millions d’hectares sont partis en fumée au Canada ! L’Europe n’est pas épargnée: Grèce, Ténérife, Sicile, Corse, Portugal et bien d’autres se sont embrasés tout l’été. Sans parler de la catastrophe à Hawaï.
Notre retour en Belgique sonne la fin d’une épopée extraordinaire, mais surtout un éternel recommencement pour ma part: trouver un logement, un travail et reprendre une vie ordinaire. Je n’éprouve pas de sentiments négatifs à cette éventualité. Il y a un temps pour tout, il faut juste s’adapter constamment. Y aura-t-il une suite à Keep Your Wings ? Probablement… Seul l’avenir nous le dira !